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    Une étude, dont les résultats intitulés «Adaptive introgression from maize has facilitated the establishment of teosinte as a noxious weed in Europe» ont été publiés dans la revue PNAS, a permis de détecter chez les téosintes une forte introgression génétique par le maïs, qui leur a permis d’acquérir un allèle de précocité de floraison, ainsi qu’un allèle de résistance à des herbicides.

     

    Relevons tout d''abord que «les téosintes sont des graminées endémiques du Mexique appartenant à la même espèce que le maïs cultivé» et que «des populations adventices de téosintes se sont établies en France et en Espagne». Notons aussi que l'introgression génétique, qui «est le résultat du transfert de matériel génétique par hybridation entre des individus donneurs et des individus receveurs de la même espèce ou d’une sous-espèce proche», se caractérise «par la présence dans le génome de ces derniers de régions héritées des individus donneurs».

     

    En fait, «l'introgression peut jouer un rôle important pour l’établissement d’une espèce envahissante dans un nouvel environnement, en permettant d’acquérir rapidement des caractères avantageux déjà présents chez une espèce localement adaptée». En particulier, l’introgression survient entre les formes sauvages et les formes domestiques apparentées.

     

    D'autre part, «chez les plantes, l'hybridation entre formes sauvages et domestiques peut engendrer une plante adventice ('mauvaise herbe') qui possède à la fois des adaptations au milieu cultivé (par exemple, un mimétisme avec la plante cultivée) et des caractères hérités du parent sauvage qui favorisent sa prolifération et sa persistance (par exemple, la production de nombreuses graines facilement dispersées)».

     

    Parmi les téosintes annuelles, qui «sont les plus proches apparentées sauvages du maïs cultivé (Zea mays ssp mays)», on distingue deux sous-espèces: «la sous-espèce parviglumis, de basse altitude, à partir de laquelle le maïs a été domestiqué et considérée comme son 'ancêtre'; et la sous-espèce mexicana, des hauts plateaux mexicains».

     

    Il a été établi «que des échanges génétiques depuis la téosinte mexicana vers le maïs cultivé ont contribué à l’adaptation de variétés traditionnelles de maïs aux conditions climatiques de haute altitude ». Par ailleurs, des populations de téosintes adventices, c'est-dire «capables de se reproduire et se maintenir dans les parcelles cultivées malgré des tentatives d’éradication» ont été signalées récemment «dans les cultures de maïs en France et en Espagne».

     

    Dans ce contexte, l'étude ici présentée a analysé «la variation génétique le long des génomes des téosintes françaises et espagnoles» et l'a comparée «avec celle de téosintes du Mexique et de lignées de maïs d’Amérique Centrale et des régions tempérées». Il est ainsi apparu «que les téosintes européennes sont plus proches génétiquement de la sous-espèce mexicana parmi les téosintes mexicaines». De plus, «les génomes des téosintes européennes ont aussi des régions héritées de variétés de maïs tempérées (12% du génome en moyenne chez les téosintes françaises)».

     

    Deux de ces régions ont été «identifiées comme contenant des gènes qui ont pu contribuer à l’établissement des téosintes en France». Plus précisément, le gène ZCN8, «un gène majeur de précocité de floraison» a été identifié dans la première région. Il avait «été sélectionné chez le maïs pour obtenir des variétés précoces pouvant être cultivées sous les latitudes tempérées».

     

    Alors que «les téosintes mexicana du Mexique ne fleurissent pas, ou très tardivement, dans les conditions de photopériode longue qui prévalent aux latitudes européennes», les téosintes établies en France «ont une période de floraison synchrone avec celle du maïs», une adaptation très probablement acquise «grâce à l’introgression de la forme (allèle) précoce du gène ZCN8 et possiblement d’autres gènes qui restent à identifier (la précocité de floraison est un caractère très complexe, dont le déterminisme implique de très nombreux gènes)».

     

    D'autre part, la présence en forte fréquence dans la seconde région introgressée d'une «forme mutante du gène ACC1 provenant de variétés de maïs tolérantes à un herbicide» dans «les populations de téosintes françaises leur confère une résistance à des herbicides anti-graminées couramment utilisés».

     

    Au bout du compte, «le cas de la téosinte décrit dans cette étude» met en lumière «la réciprocité des relations entre plantes sauvages et cultivées: ainsi, «alors que la téosinte mexicana a contribué anciennement à l’adaptation du maïs cultivé à de nouvelles conditions climatiques d’altitude», on constate aujourd’hui «à la faveur d’un événement d’introduction accidentel que les échanges génétiques avec le maïs lui permettent à son tour de s’adapter à un nouvel environnement».

     

     


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    Une étude, dont les résultats intitulés «The mole genome reveals regulatory rearrangements associated with adaptive intersexuality» sont publiés dans la revue Science, a permis de remonter jusqu'à l'origine génétique de la singularité des taupes, chez lesquelles il existe des mâles et des 'femelles' intersexes qui sont dotées d'un organe unique dans le règne des mammifères : l'ovotestis.

     

    Bien qu'il existe dans la nature, en théorie, des mâles et des femelles, «en pratique, plusieurs espèces font preuve de nuances» et, par exemple, chez l'espèce humaine, «le CNRS estime qu'entre 1 et 2 % de la population est intersexe». Concrètement, «un individu intersexe peut être à la fois homme et femme, ou ni homme ni femme, avec une multitude de variations possibles (hormonales, chromosomiques, anatomiques, gonadiques).

     

    Alors que, dans la nature, l'intersexuation demeure l'exception, «sans être pathologique pour autant», chez les taupes, la situation apparaît différente, puisque si «les mâles arborent des caractéristiques typiques de leur sexe : un fort taux de testostérone, des chromosomes XY, des testicules», pour leur part, «les femelles ne sont pas cantonnées aux ovaires» car «dotées de chromosomes XX, elles développent un ovotestis».

     

    L'ovotestis, «au même titre qu'un ovaire ou qu'un testicule», est une gonade, qui «regroupe un tissu testiculaire et un tissu ovarien». Comme le tissu testiculaire «ne produit pas de sperme, mais un fort taux de testostérone», il amène les femelles «à un niveau de testostérone similaire à celui des mâles». De son côté, le tissu ovarien «permet à la taupe de tomber enceinte (entre autres)».

     

    Si, chez «certains invertébrés hermaphrodites, la présence d'un ovotestis est banale», elle est bien plus rare chez les mammifères, mais «l'humain peut en être pourvu». Comme, chez la taupe, «chaque femelle possède un ovotestis», l'étude ici présentée a cherché à déterminer l'origine génétique de cette singularité. Il a ainsi été observé deux mutations, «en séquençant le génome de la taupe ibérique (Talpa occidentalis)»: une inversion et une triplication.

     

    L'inversion en question «est un segment d'ADN inséré à l'envers (par rapport aux génomes d'autres animaux), ce qui a eu pour conséquence «de modifier la régulation de gènes impliqués dans le développement testiculaire» de sorte que «ce changement est associé au développement du tissu testiculaire, en plus du tissu ovarien, chez les taupes femelles».

     

    Pour sa part, la triplication est «un ajout de séquences supplémentaires qui transforme la façon dont un gène est régulé», ce qui conduit à «une production accrue d'hormones sexuelles mâles dans les ovotestis des taupes femelles, en particulier de testostérone». Au bout du compte, ces taupes femelles ont, de ce fait, «évolué vers une forme plus atypique de différenciation sexuelle».

     

     


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    Une étude, dont les résultats intitulés «Mental accounting mechanisms in energy decision-making and behaviour» ont été publiés dans la revue Nature Energy, a permis d'analyser la façon dont notre esprit planifie l’utilisation des ressources en vue de mettre en place des mesures de lutte contre la surconsommation d’énergie et les émissions de carbone.

     

    Relevons tout d'abord que la comptabilité mentale, «connue des chercheurs et des chercheuses en psychologie depuis les années 80», est un concept qui décrit le processus mental par lequel les personnes organisent leur utilisation des ressources»: en fait, l’être humain a tendance, en matière d’argent, «à créer mentalement des compartiments budgétaires cloisonnés où les actes de consommation et les paiements sont étroitement liés», un mécanisme, qui «peut être contre-productif en matière de consommation d’énergie et avoir un impact négatif sur la lutte contre les émissions de carbone».

     

    Dans ce contexte, l'étude ici présentée s'est focalisée sur la taxe carbone se «basant sur trois mécanismes connus de la comptabilité mentale»: l'effet de déversement, ou 'spillover effect', «fait référence au fait qu’une personne tend à justifier un comportement par un autre de ses comportements»; l'effet de rebondissement, ou 'rebound effect', lui, «explique comment des comportements peuvent induire des bilans énergétiques négatifs par manque d’adaptation à une nouvelle situation»; le troisième effet correspond à la tendance de notre esprit «à créer des compartiments précisément étiquetés» de sorte que «le compte mental ouvert lors d’une entrée d’argent dans un contexte spécifique détermine pour quoi l’argent sera dépensé».

     
    En raison de ces effets, cette étude suggère «des mesures concrètes à destination de la sphère politique, afin que les initiatives proclimatiques soient conceptualisées en tenant compte des comportements humains»: ainsi, dans le cadre de la taxe carbone, «il faut montrer les prix de l’énergie, rendre les messages plus saillants, et pouvoir démontrer l’impact positif des mesures par des retours concrets», autant de démarches «qui aident à conceptualiser les dépenses et à diversifier les comptes mentaux pour que les comportements s’adaptent».

     

    Globalement, le but de ce travail «n’est pas d’abolir le libre arbitre, mais de proposer une boite à outils» pour les décideurs politiques de façon qu'ils utilisent ces connaissances «pour développer des stratégies basées sur des données scientifiques, mais aussi sur des considérations éthiques».

     

     


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    Une étude, dont les résultats intitulés «An outflow powers the optical rise of the nearby, fast-evolving tidal disruption event AT2019qiz» sont publiés dans la revue MNRAS et disponibles en pdf, a permis d'analyser, avec un niveau de détail sans précédent, un rare jet de lumière provenant d'une étoile déchirée par un trou noir supermassif, un phénomène, connu sous le nom de perturbation par effet de marée, qui est, en fait, l'éruption la plus proche de ce type enregistrée à ce jour à un peu plus de 215 millions d'années-lumière de la Terre».

     

    Relevons tout d'abord que «ces événements de rupture par effet de marée, où une étoile subit ce que l'on appelle la 'spaghettification' lorsqu'elle est aspirée par un trou noir, sont rares et pas toujours faciles à étudier». Dans ce contexte, le flash de lumière en question ici «qui s'est produit l'année dernière près d'un trou noir supermassif», a été observé à l'aide du VLT de l'ESO et du NTT de l'ESO pour analyser «en détail ce qui se passe lorsqu'une étoile est dévorée par un tel monstre».

     

    En théorie, «lorsqu'une étoile malchanceuse s'approche trop près d'un trou noir supermassif au centre d'une galaxie, l'attraction gravitationnelle extrême du trou noir déchiquette l'étoile en minces flots de matière». Ces minces brins de matière stellaire, qui «tombent dans le trou noir au cours de ce processus de spaghettisation», produisent «une éruption brillante d'énergie». Jusqu'ici, les astronomes avaient du mal à observer cet éclat de lumière, «qui est souvent obscurci par un rideau de poussière et de débris».

     

    Les astronomes viennent tout juste de comprendre l'origine de ce rideau: concrètement, «lorsqu'un trou noir dévore une étoile, il peut éjecter vers l'extérieur une puissante gerbe de matière» qui obstrue la vue «parce que l'énergie libérée lorsque le trou noir dévore la matière stellaire propulse les débris de l'étoile vers l'extérieur».

     

    Cette découverte a été possible parce que l'événement observé AT2019qiz de rupture par effet de marée, «a été découvert peu de temps après que l'étoile ait été mise en pièces». De ce fait, il a été possible de «voir le rideau de poussière et de débris se lever lorsque le trou noir a éjecté cette puissante gerbe de matière à des vitesses pouvant atteindre 10 000 km/s». Ainsi, pour la première fois, l'origine de la matière obscurcissante a été déterminée et la manière dont elle enveloppe le trou noir suivie en temps réel.

     

    Les observations d'AT2019qiz, «située dans une galaxie spirale de la constellation d'Eridan, sur une période de 6 mois», ont été effectuées «alors que sa luminosité augmentait puis s'éteignait»: en effet, «plusieurs programmes de sondage du ciel ont détecté l'émission provoqué par ce nouveau phénomène de perturbation par effet de marée très rapidement après que l'étoile ait été déchirée» de sorte qu'une série de télescopes terrestres a été «immédiatement pointé dans cette direction pour voir comment la lumière était produite».

     

    Ainsi, de multiples observations de l'événement «rapides et approfondies dans l'ultraviolet, l'optique, les rayons X et la lumière radio» ont «été faites au cours des mois suivants avec des instruments parmi lesquels X-shooter et EFOSC2, de puissants instruments du VLT et du NTT de l'ESO, qui sont situés au Chili».

     

    Il est alors apparu, pour la première fois, «un lien direct entre la matière s'écoulant de l'étoile et la brillante éruption émise lorsqu'elle est dévorée par le trou noir». Cet étoile, qui «avait à peu près la même masse que notre propre Soleil», en a perdu «environ la moitié au profit du monstre qu'est le trou noir, qui est plus d'un million de fois plus massif».

     

     


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    Une étude, dont les résultats intitulés «Optimal Maturation of the SIV-Specific CD8+ T Cell Response after Primary Infection Is Associated with Natural Control of SIV: ANRS SIC Study» ont été publiés dans la revue Cell Reports, a permis d'observer pour la première fois que l’activité antivirale des lymphocytes T CD8+  de macaques 'contrôleurs' infectés par le virus de l’immunodéficience simienne (équivalent du VIH pour les primates non humains), d’abord limitée dans les deux premières semaines de l’infection, s’accroît ensuite. Comme l'explication serait le développement précoce de lymphocytes T CD8+ mémoires très efficaces, cette observation constitue un pas de plus «dans la compréhension des mécanismes du contrôle du VIH permettant à certains individus de maîtriser l’infection sans traitement».

     

    Relevons tout d'abord que «les contrôleurs du VIH sont les rares personnes identifiées comme étant capables de maîtriser l’infection sans traitement» et que, dans ce phénomène, «de précédentes études ont mis en évidence le rôle central des lymphocytes T CD8+ (LTCD8+) (qui reconnaissent et éliminent rapidement les cellules infectées par le VIH)», car «il a été observé que les individus contrôleurs possédaient des LTCD8+ ayant un programme moléculaire différent des non-contrôleurs pendant la phase chronique de l’infection».



    Afin de «déterminer ce qu’il se passe pendant la phase aigüe de l’infection», l'étude ici présentée a «utilisé un modèle spécifique de macaques infectés par le virus de l’immunodéficience simienne (SIV), certains devenant naturellement contrôleurs et d’autres progressant vers le Sida». Ainsi, pour la première fois, il a été possible de suivre «dès les premiers jours suivant l’infection, les événements qui ont conduit (ou non) au contrôle du virus» et d'observer «les différences caractérisant les LTCD8+ des animaux contrôleurs».



    Il est apparu que, si les LTCD8+ spécifiques du virus du SIV «sont produits en grande quantité dans les 15 jours qui suivent l’infection chez tous les sujets, leur capacité à éliminer les lymphocytes T CD4 infectés par le SIV reste limitée». Néanmoins, «l’activité antivirale des LTCD8+ augmente progressivement au cours des semaines suivantes, mais ceci uniquement chez certains individus (ceux qui justement deviendront plus tard les contrôleurs)», de telle sorte que «leurs LTCD8+ parviennent à diminuer progressivement la virémie et à établir un contrôle durable de l’infection par le SIV sans traitement antirétroviral».

     

    Il a été établi «qu’il fallait deux à trois mois pour que la maturation de la réponse des LTCD8+ ait lieu et que le contrôle de l’infection puisse s’établir chez les individus contrôleurs». Cependant, «c’est dans les deux premières semaines qui suivent l’infection que serait déterminée la capacité à contrôler ou non le SIV».

     

    En fait, «si les LTCD8+ des non-contrôleurs semblent conférer une réponse immédiate, ils s’épuisent face à la présence continue du SIV», tandis que «les animaux contrôleurs développent des cellules T CD8+ mémoires capables de régénérer de nouvelles cellules face aux stimulations répétées du SIV». L'étude émet l’hypothèse «que cette différence pourrait être due à une protection relative des ganglions, qui présentent moins de cellules infectées dans les premiers jours de l’infection chez les contrôleurs».



    En fin de compte, ces travaux, qui «montrent que des différences entre les LTCD8+ des contrôleurs et non contrôleurs s’établissent très tôt lors de l’infection aigüe», ouvrent «des perspectives importantes pour développer de nouvelles approches de vaccin ou d’immunothérapie en vue d’obtenir une rémission de l’infection par le VIH».

     

     


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