• Archéologie: l'analyse de sépultures du couvent des Jacobins de Rennes amène à réfuter la sécularisation des pratiques funéraires entre le Moyen Âge et l'Époque moderne!____¤201701

     

    Une étude, dont les résultats intitulés «Procedures and Frequencies of Embalming and Heart Extractions in Modern Period in Brittany. Contribution to the Evolution of Ritual Funerary in Europe» ont été publiés dans la revue PLOS ONE, a permis, à partir de l'analyse exhaustive de 606 des sépultures du couvent des Jacobins de Rennes, de réfuter un processus, admis jusqu'alors, de sécularisation des pratiques funéraires entre le Moyen Âge et l'Époque moderne.

     

    Rappelons tout d'abord que c'est «sur prescription de l'État (Drac Bretagne)» qu'une équipe de l'Inrap a mené, de 2011 à 2013, «une fouille préventive intégrale du couvent des Jacobins, futur centre des congrès de Rennes Métropole». Ce couvent, d'obédience dominicaine, «construit en 1369», était devenu «l'un des lieux d'inhumation de prédilection de l'aristocratie parlementaire rennaise», de sorte qu'environ «900 sépultures y ont été mises au jour par les archéologues».

     

    Plus précisément, «lors de la fouille, les archéologues de l’Inrap ont mis au jour cinq cercueils et cinq urnes en plomb» qui contiennent des cœurs: «leurs inscriptions, croisées avec les archives, permettent d’identifier sept personnes, toutes nobles». Quatre des urnes en plomb «présentent des inscriptions datées de 1584 à 1655, soit près de 70 ans d’une même pratique» et «sur les cinq cœurs conservés dans les urnes, quatre sont très bien préservés et présentent des traces d’embaumement».

     

    Parmi les cercueils en plomb, se trouvait «celui de Louise de Quengo, donatrice du couvent décédée le 10 mars 1656 à plus de 65 ans» («Ses habits religieux très simples signent la volonté de se rapprocher de l’église des pauvres»). Sur son cercueil avait «été déposé le cœur de Toussaint de Perrien, son époux décédé sept ans avant elle et inhumé à 200 km de Rennes dans un couvent qu’il avait fondé». L'examen du cadavre de Louise de Quengo a montré «que seul son cœur a été prélevé».

     

    L'étude a permis de distinguer deux périodes d’inhumation aux Jacobins avec la particularité que «les défunts inhumés du XIVe au XVe siècle ne présentaient aucune trace d’intervention post-mortem». Environ 1250 sujets ont été inhumés «du XVIe au XVIIIe siècle» et parmi eux «483 ont fait l’objet d’une étude détaillée».

     

     

    Il apparaît à la lumière des archives de l’époque, «qui mentionnent l’inhumation de 113 sujets», que «cette population est composée de 74 % de nobles, 8 % de membres du clergé et 4 % du tiers état, le reste étant indéterminé». Il a été établi que «sur les 483 dépouilles étudiées, seuls 18 sujets (douze squelettes complets, un cadavre et cinq cœurs) et 18 os épars présentent des traces d’interventions post-mortem (craniotomie, ouverture du thorax et/ou de l’abdomen et/ou prélèvement du cœur)».

     

    Indiquons ici que «l'évolution des pratiques funéraires du Moyen Âge à l’Époque moderne est considérée comme un processus de sécularisation», c'est-à-dire que «certains traitements des corps, initialement d’ordre religieux et réservés aux rois à la période médiévale, se seraient progressivement étendus à de nombreux nobles dans la volonté, très contemporaine, de préserver le corps et de présenter le défunt apaisé à la famille». Cependant, «au couvent des Jacobins qui reçoit les sépultures de nombreux nobles, seuls 2,7 % de l’échantillon présente des traces d’intervention post-mortem», qui sont, en fait, «des actes qui mutilent les corps» (craniotomie et prélèvement du cœur).

     

    En tout cas, «l'influence des dogmes religieux est très visible»: «dans le cas de Louise de Quengo et de son mari, des inhumations inversées et complémentaires – le cœur de l’un avec le corps de l’autre et vice versa – prouvent l’attachement entre les époux» et «les deux édifices religieux dont ils ont été donateurs» se trouvent honorés («la multiplication des sites d’inhumations augmentait le nombre de messes et de prières pour le salut des défunts», tandis que «le seul prélèvement du cœur conciliait funérailles multiples et nécessaire intégrité du corps prônée depuis la bulle de Boniface VIII en 1299»).

     

    Pour finir, rappelons que les cercueils en plomb, qui «sont connus depuis la fin de la période romaine», avaient «un but ostentatoire et préservaient les corps sans besoin de traitement, ce qui était un signe de sainteté», le but étant «celui de la conservation du corps mais pas de son exposition aux regards». Cette pratique fut «encore valorisée par le Concile de Trente qui assimila la résurrection de la chair à celle des chairs».

     

     


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