• Paléoécologie: une présence d'arbres et d'escargots, il y a 11 700 ans au Col du Lautaret, à une époque où un microclimat glaciaire régnait dans les Alpes, a été identifiée!____¤201802

     

    Une étude, dont les résultats intitulés «Keep your feet warm? A cryptic refugium of trees linked to a geothermal spring in an ocean of glaciers» ont été publiés dans la revue Global Change Biology, montre une présence très précoce d'arbres (pin à crochet, bouleaux) et d'escargots âgés de 11 700 ans au Col du Lautaret (à 2 100 m d'altitude dans les Alpes centrales françaises) alors qu'à cette époque dans les Alpes, les glaciers occupant les fonds de vallée entretenaient un microclimat glaciaire a priori défavorable aux arbres et aux organismes vivants associés.


    Ce travail «s’appuie sur des identifications de fossiles de plantes et d’animaux, et des mesures géochimiques réalisées dans un travertin (roche calcaire associé à une source) situé au Jardin du Lautaret, la station de recherche d’altitude du CNRS et de l’Université de Grenoble Alpes (site classé Natura 2000)».

     

    En fait, ce travertin avait été découvert «fin XIXe siècle par le géologue Wilfrid Killian», mais «la redécouverte récente des fossiles d’arbres mis au jour au XIXe siècle et conservés au Musée de l’Université de Grenoble Alpes» a révélé «une curiosité botanique» et suscité «des interrogations environnementales justifiant de réétudier ce site à l’aide de méthodes paléoécologiques et géochimiques modernes», car «le site du Col du Lautaret est aujourd’hui couvert de prairies sans forêts, contrastant avec les fossiles d’arbres de W. Killian».

     

    Notons tout d'abord que «les fossiles redécouverts et stratifiés sont des empreintes végétales (feuilles, cônes de conifères) et des coquilles de mollusques parfaitement fossilisées». Les mesures géochimiques (garantissant «une chronologie de dates fondées sur l’Uranium et le Thorium (Th/U)») ont montré que «le site a fonctionné depuis au moins 14 500 ans jusqu’à nos jours ; les fossiles de plantes et de mollusques illustrent l’existence de boisements de pin à crochet, de bouleaux et de saules, avec un sous-bois composé d’herbes où vivaient des escargots».

     

    D'autre part, la chimie des isotopes du carbone (δ13C) et de l’oxygène (δ18O) (renseignant «sur la nature des eaux, géothermales ou pluviales») révèle «une source d’eaux chaudes (géothermales) à débit puissant, mais qui a progressivement baissé en débit à partir de 11 700 ans avec un mélange d’eaux de moins en moins chaudes et d’origine pluviale».

     

    Ainsi, le fait que ce site «présentait une source géothermale, dont les eaux chaudes ressurgissaient à la surface, empêchant les sols de geler pendant la saison estivale» explique qu'il permettait «aux arbres de pousser et aux mollusques d'activer leurs fonctions vitales dans un environnement glaciaire».

     

    Au bout du compte, cette étude «conforte l'idée de l'existence d'îlots d'arbres en haute montagne, comme des oasis glaciaires, sur des pentes exposées au soleil à la faveur de contextes topographiques ou géologiques exceptionnels». Pour le souligner, ce travail «s’accompagne d’une synthèse de travaux plus anciens réunissant des preuves disséminées de l’existence de refuges glaciaires dans les Alpes occidentales, principalement dans les montagnes des Alpes du Sud duranciennes, l’extrême sud de la Savoie, mais aussi italiennes (vallée de Suze)».

     

    L'ensemble de ces données incite donc à «reconsidérer les environnements glaciaires alpins, qui ne devaient pas être des déserts biologiques comme on le pensait», puisqu'ils «pouvaient comporter des oasis glaciaires d’arbres en refuges climatiques profitant de contextes stationnels favorables sans couverture glaciaire».

     

     


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