• Zoologie: les propriétés physiques de la neige peuvent fortement influencer la dynamique de population des lemmings, située à la base de la chaine alimentaire arctique terrestre! ____¤201809

     

    Une étude, dont les résultats intitulés «Snow physical properties may be a significant determinant of lemming population dynamics in the high Arctic» ont été publiés dans la revue Arctic Science, a permis de révéler que les propriétés physiques de la neige pouvaient fortement influencer la dynamique de population des lemmings (*), situés à la base de la chaine alimentaire arctique terrestre.

     

    Rappelons tout d'abord que «les lemmings, petits rongeurs de l’Arctique, sont à la base de la chaine alimentaire arctique terrestre». Plus précisément, «ils vivent et se reproduisent sous la neige 8 à 10 mois de l’année et sont des proies de choix pour les renards polaires, les hermines, les harfangs des neiges, les buses pattues, les labbes à longue queue, etc». Comme «leur population peut varier d’un facteur 100 d’une année sur l’autre», cela «impacte directement les populations de leurs prédateurs et des autres proies comme les oies des neiges sur lesquelles se rabattent les prédateurs en l’absence de lemmings».

     

    Parmi les raisons le plus fréquemment invoquées pour expliquer cette dynamique de population dont les causes sont mal comprises, il y a celles qui «impliquent des relations proies-prédateurs, comme le déphasage des cycles de population d’une espèce par rapport à l’autre, ou des limitations de nourriture».

     

    Comme «les lemmings sont trop petits pour hiberner», ils vivent dans l’espace sous-nival. Herbivores, ils «creusent des terriers dans la couche de neige basale pour se déplacer, accéder à leur nourriture et construisent avec des végétaux des nids dans lesquels les femelles élèvent seules leurs portées de 5 à 8 jeunes».

     

    En fait, «creuser des terriers est très facile lorsque la couche de neige basale est constituée de givre de profondeur tendre dont les gros cristaux se forment lorsqu’une neige fraiche est soumise à un gradient de température très élevé qui s’établit en automne entre le sol encore à 0°C et l’air déjà glacial», mais «la formation de ce givre peut être rendue difficile par des épisodes de vent, qui forment des croutes dures, ou des évènements de fonte ou de pluie sur neige, qui forment des couches regelées dures».

     

    L’hypothèse à la base de cette étude «a été que les mouvements des lemmings dans ces couches durcies leur faisaient consommer beaucoup d’énergie, limitant ou empêchant la reproduction, alors qu’un automne sans vent ni pluie sur neige permettait une forte reproduction hivernale, favorable à une explosion démographique estivale».

     
    L'étude s'est essentiellement appuyée sur un suivi des populations de lemmings, qui «est réalisé depuis de nombreuses années à l’île Bylot (73°N, 80° O, au nord de la terre de Baffin) par une équipe du Centre d’études nordiques (Université Laval, Québec)». Ce sont ces données, «associées à des observations et à une modélisation des propriétés physiques de la neige à l’automne», qui ont «permis de révéler l’impact des propriétés physiques de la couche basale du manteau neigeux sur les populations de lemmings».

     

    Concrètement, «les effets des épisodes de vent et des événements de fonte et de pluie sur neige ont été testés» et il est apparu «que le facteur essentiel qui détermine la dureté de la neige basale est l’intensité des évènements de pluie sur neige à l’automne».

     

    En outre, il a été «montré une bonne corrélation entre la croissance hivernale de la population (c’est-à-dire le rapport logarithmique entre la population au début de l’été de l’année n+1 sur celle de la fin de l’été de l’année n) et un indice représentant la quantité d’eau liquide apportée dans le manteau neigeux par les épisodes de pluie sur neige : les années sans pluie sur neige (indice=0), la population a cru pendant l’hiver, alors qu’elle a décru lorsqu’il y a eu de la pluie sur neige, car cette eau, en regelant, soude les grains entre eux et forme des couches de neige dure» (notons néanmoins que «le nombre d’années bénéficiant d’un jeu de données complet est pour l’instant faible, car les données concernant la neige ne sont pas collectées depuis aussi longtemps que celles sur les lemmings»).

     

    Par ailleurs, «d’autres variables, comme la densité de nids d’hiver sont également corrélées à l’indice d’eau liquide», alors que «les épisodes de vent n’ont pas montré de corrélation avec les populations».


    Si actuellement les pluies sur neige intenses sont rares dans le haut arctique, «avec le réchauffement climatique, il est très probable que ces évènements deviennent plus fréquents». En conséquence, «leur impact sur les populations de lemmings et de leurs prédateurs, ainsi que sur tout l’écosystème arctique terrestre mérite d’être considéré dans les projections des évolutions environnementales».

     

    Plus généralement, l'étude souligne que «les propriétés physiques du manteau neigeux étant déterminées par le climat», le changement climatique «aura probablement des effets encore non suspectés sur l’évolution de l’Arctique et des régions enneigées en général».

     

    Lien externe complémentaire (source Wikipedia)

    (*) Lemming

     

     


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